Alpine est une marque à part entière dans la sphère automobile française et mondiale. Rare sont les marques à produire sous licence un véhicule et l’adapter pour le marché local. Pourtant c’est ce que va faire Alpine et Willys-Overland, en créant sur base de l’A108 puis sur la base de la mythique A110, la Willys-Overland Interlagos. Voyage en direction de l’Amérique du Sud, découvrir une Alpine Made in Brazil !

 

Overland, un partenaire de choix pour Alpine au Brésil

Jusqu’à la fin des années 1950, le constructeur brésilien Overland produisait sous licence la célèbre JEEP Willys. Le manufacturier cherche à se diversifier pour passer sereinement aux années 60, il va se rapprocher de la régie Renault pour produire sous licence la nouvelle Renault Dauphine.

Jean Rédélé, en pleine recherche d’expansion, ne peut se permettre de créer des filiales (financièrement ça coûte chère et Alpine ne peut se le permettre). Jean Rédélé va tout de même retenter l’expérience de la licence. Gardons en tête qu’Alpine sort de l’échec en Belgique de son partenariat avec Small. Pourtant, Alpine va profiter des accords entre Renault et Overland, puisqu’en 1961, Alpine fournit de l’outillage à l’usine proche de São Paulo, à Santo Amaro, où les première Alpine A108… Pardon Willys Overland Interlagos sortent des chaînes !

 

Pour la petite histoire du patronyme, Willys Overland choisi le nom de « sa » berlinette en hommage au circuit Autodromo José Carlos Pace situé dans le quartier Interlagos de São Paulo. Interlagos signifie littéralement « entre les lacs« . Aujourd’hui le circuit est utilisé pour le championnat de Formule 1. Alors à quand une Alpine Europa cup sur le circuit d’Interlagos ?

La production brésilienne est lancée en 1961 et les premières livraisons de l’Interlagos interviennent l’année suivante en 1962. Quand je vous parle de production, il faut plutôt parler d’artisanat. Les Willys Overland étaient fabriquées au compte-goutte. Bien que les brésiliens avaient l’espoir de vendre 8 Interlagos par jour, bien moins seront vendues. Au passage l’Alpine A108 subit quelques changements par rapport à l’Alpine française. On parle dès lors de série pour l’Alpine brésilienne :

L’Interlagos « série » 1

Elle reprend la carrosserie de l’A108 française. La particularité de la première Interlagos est d’être produite au côté de la Dauphine et de conserver son châssis. Tandis que l’A108 française bénéficie d’un châssis poutre. Elle sera produite seulement sur quelques mois à un peu plus de 300 exemplaires.

Disponible en coupé, berlinette et cabriolet.

L’Interlagos « série » 2

Elle succède à la série 1 un an seulement après la première version sur base de l’A108. Il faut dire que l’année 1962, marque la naissance de la nouvelle berlinette: l’A110. Si Alpine fait le choix de ne pas offrir la nouvelle berlinette au brésilien, la marque va modifier l’Interlagos en abandonnant le châssis de la Renault Dauphine pour le châssis poutre. Pour la petite histoire, les butoirs arrière sont reprit de la Simca P60 (ce n’est pas très Renault dit donc !).
Elle sera produite jusqu’en 1966 et s’écoulera à plus de 860 exemplaires.

Disponible en coupé, berlinette et cabriolet.

La production de l’Interlagos s’arrête en 1968 sans descendance et la marque sera rachetée par Ford. Pour la petite histoire Willys comptaient bien remplacer l’Interlagos sans l’aide d’Alpine : Willys a conçu plusieurs prototypes dont la Capeta. Malgré l’excellent accueil qu’il connu le projet Capeta resta sans suite.

La Capeta ne sera jamais produite et ne reste qu’un seul exemplaire ! Selon nos recherches, l’instigateur du projet est un certain Jesus Ybarzo Martinez. Entièrement construit par Willys Overland et son département sports. Elle ne repose pas sur le châssis poutre de l’A110, ni même sur le châssis de la Dauphine mais sur un châssis de Willys Aéro.

Le moulin ne provient pas de notre prestigieuse marque au A fléché mais d’un moteur 2.6l d’origine brésilien. Le prototype sera présenté au Salon de Automobile d’Ibirapuera en 1964. Le concept fait mouche mais ne sera jamais produit. Un désaccord franco-brésilien ?

En interne une version à phare avant carré est imaginée, l’Interlagos voulant se la jouer Charger ou Trans Am’ avec ce « bec », ou alors Overland empruntait un effet de style à la R16. La nouvelle génération d’Interlagos se la joue presque Bad boy, les USA étaient-ils en ligne de mire des brésiliens ?

 

Willys Interlagos en compétition

Les Interlagos ont révélé de nombreux et célèbres pilotes brésiliens tels que Emersom Fittipaldi, José Carlos Pace… L’usine créa « Equipe Willys », le service compétition, les autos étaient peintes en jaunes avec une bande centrale verte. Cette écurie gagna de nombreuses courses. Les autos étaient préparées avec des pièces de compétitions importées d’Alpine en France.

On peut voir ici une Interlagos Coupé, une Interlagos Berlinette et le père de Marcello Ramos Betaga father avec une Auto Union DKW au centre Son père gagna cette course. Quand son père courait contre les Interlagos, la lutte était acharnée !

On termine ce grand voyage à travers l’Alpi… Interlagos sur ces belles images d’époque. Oui l’Alpine au brésil a été une belle aventure, compliqué et toujours à l’échelle humaine.

Alors tandis qu’on annonçait la renaissance de la marque en France et son mythique modèle, les brésilien pensait eux aussi à une nouvelle Willys Interlagos AW380 !

Par contre loin de l’élégance et du design fin et racée de l’A110…

Vidéo de la Willys Interlagos :