Dès sa sortie, l’Alpine GTA sera décriée (une bonne tradition de chez nous) pour son manque de modernité intérieur et de puissance. Il est vrai qu’en 1985, le fleuron sportif français est sorti avec son bon vieux V6 PRV 2,8l évoluant à peine avec ses 160 ch (150ch pour l’Alpine A310). Pourtant présentées en même temps, il faudra patienter près d’un an pour accueillir la version Turbo avec son Bloc 2,5l et ses 200 ch. Cette version Turbo répondra enfin aux attentes comme en atteste un journaliste de l’époque:

« Car enfin quoi, elle a tout pour elle, cette voiture: une vraie allure de sportive, une habitabilité plus qu’honorable dans la catégorie, des performances de -très- haut niveau et une mécanique fiable… »

Automobiles Sport et Prestige – Yves DENIS 1990.

Et pourtant, dans l’ombre un homme s’active pour améliorer le véhicule haute performance d’Alpine. Un certain Bernard Pierangeli, qui par le passé fût adjoint de Jacques Cheinisse responsable Commercial. Père du Centre Alpine à Boulogne Billancourt, il sera à l’origine des versions les plus évoluées des modèles emblématiques de la marque: l’A110 SX, l’A310 TX, l’A310 V6 Pack GT et la  version ultime nommée Boulogne avec ses 200 chevaux.

Son oeuvre à la fois la plus connue des connaisseurs et la plus méconnue du grand public sera la GTA V6 Turbo 265 chevaux. Fruit de son travail en 1987, il va travailler activement sur ce grand coupé afin d’en découdre fasse à l’armada germanique et italien. Tout d’abord, son travail va porter sur la motorisation jugée encore un peu « légère » fasse aux 911 de l’époque (flat 6, 3.2l et 231 ch). L’objectif premier et assumé; atteindre les 265 ch coûte que coûte. Plusieurs solutions seront testées via son équipe. Première solution sans compromis, le V6 2,5l Turbo sera mis de côté au profit de la version atmosphérique de 2800 cm3. Une course plus longue sera la raison de ce choix technique. Avec des chemises et pistons spécifiques, un gros turbo Garett T3 soufflant à 0,9 bar au lieu de 0,7, d’arbres à cames et soupapes spécifiques (refroidies au sodium) , le couple passera de 29,6 mkg à 2500 tr/mn à 41 mkg dès 2000 tr/mn. Une souplesse en forte hausse, à se demander pour cette solution n’a pas été choisi dès le départ.

Et les performances dans tout ça ? Vous vous en doutez, avec une hausse de la puissance et du couple aussi significative, l’Alpine envoie sévère ! Mais encore ? 268 km/h, un 0 à 100 expédié en 5,9 sec. Avec un rapport poids puissance de 4,5 kg/ch rien d’étonnant, pratiquement équivalent à une Porsche 911 Carrera et autres 928 S4 de l’époque. Un dernier chiffre ? A peine 25 sec nécessaires pour le 1000 m départ arrêté.

Du côté de la carrosserie et du châssis, un soin tout particulier leurs seront réservés. Cette forte hausse des performances va faire naître de nouvelles contraintes. Afin d’améliorer l’efficacité aérodynamique à haute vitesse, les faces avant et arrière se feront plus démonstratives avec des arrêtes plus saillantes. Pour peaufiner le look en rapport avec ses performances, elle sera équipée de jantes BBS RM (ACT pour la « Le Mans ») en nids d’abeille. Côté liaisons au sol, les suspensions seront reprises de la GTA Europa Cup.

Vous nous direz, avec toutes ces informations pourquoi est-elle si peu connue ? La réponse est très simple, Renault… pardon Alpine a refusé de la commercialiser. Les deux premiers exemplaires seront dédiés à la presse automobile ou la revue « Echappement » n°231 de janvier 1988 assurera une belle promotion. Or, il y a 30 ans, de fortes rivalités au sein de la Régie se font sentir. Principalement du côté de Renault Sport à Viry-Châtillon, qui voit d’un très mauvais oeil le Centre Alpine de Bernard Pierangeli. Ainsi, ils auront réussi à faire plier le projet ambitieux de cette GTA haute performance. La direction influencée ne donnera pas suite.

Bernard Pierangeli, ne baissant pas les bras réussira à fabriquer près de 20 exemplaires de cette GTA 265 ch malgré les directives de Renault.

Dans ce cadre, nous ne parlons pas de commercialisation et sera livrée « sous le manteau » aux passionnés de la marque qui ont eu vent de ce projet « hors la loi ». Seulement une dizaine d’exemplaires trouveront preneurs sur les 20 modèles fabriqués. Le kit dit « complet » comprend kit moteur et amortisseur, du kit carrosserie et de jantes BBS, de la radio stéréo, de l’intérieur cuir y compris le tableau de bord et console centrale enfin de l’air conditionné. Sur ces 20 modèles, tous ne bénéficieront pas des mêmes versions. Quelques exemplaires hériteront simplement du kit carrosserie, sans la préparation moteur ni le cuir.

L’exclusivité à un prix:

  • Kit Moteur 2.8l et Amortisseur: 56 121 frs
  • Kit carrosserie: 59 359 frs
  • Jantes BBS: 10 339 frs
  • Radio: 6960 frs
  • Air conditionné: 12345 frs
  • Intérier cuir: 9696 frs
  • Tableau de bord cuir et console: 7699 frs

Soit toute équipée à 388 599frs (prix de base de la GTA Turbo à 226 080 frs. A titre de comparaison,  une 911 carrera 3,2 litres coûtait 356 451 frs et une Ferrari 328 GTB aux alentours des 414 000 frs.

Pour conclure, vous avez sous les yeux l’Alpine GTA la plus exclusive et la plus performante de tous les temps. La GTA que tout le monde attendait, mais Renault en a décidé autrement. Si elle avait été commercialisée, peut-être que la carrière de sa remplaçante l’A610 et l’histoire de la marque aurait pris un tournant bien différent…

Crédits photos: LOlo-PhotO Flickr

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