Interview d’Antony Villain, directeur du Design Alpine, au salon de Genève 2017

Voici notre interview d’Antony Villain au salon de Genève 2017. Nous vous disons tout sur l’homme qui a mené la Direction du Design pendant cinq ans et préparé chaque jour la renaissance de la nouvelle Alpine A110.

Nous y sommes, nous avons enfin découvert la voiture, c’est l’aboutissement de cinq ans de travail, quel est votre ressenti personnel par rapport  à l’accueil du public et des journalistes ?

C’est une très bonne surprise, c’était vraiment incroyable, le stand n’a pas désempli jusqu’à 19h30. Les journalistes sont revenus dès le lendemain matin à 7 heures. On a reçu beaucoup de passion, d’empathie. Je dis empathie, car c’est incroyable : les passionnés et professionnels se reconnaissent beaucoup dans ce qu’on a fait. Il y a une cohérence entre la marque et le produit, entre les choix technologiques et le design. Ce qui est intéressant c’est de voir des concurrents dire « on la veut »,  c’est la meilleure récompense : des ondes positives venant des passionnés, des journalistes et des clients.

C’était vraiment un moment inoubliable !

interview d'Antony Villain au salon de Genève 2017

C’est la nouvelle A110 première édition. Comment cela se concrétisera par la suite dans le processus de fabrication jusqu’à l’usine ?

Il y a deux choses. Au niveau de l’usine, on est train de travailler sur la mise au point, l’accélération de la cadence de production et le développement de la qualité. Il y a eu beaucoup de travaux de ce côté-là avec la construction de nouveaux bâtiments. On est en train de refaire certaines parties de la ligne de productionNous devons donc d’abord terminer tous ces travaux engagés à l’usine, terminer la mise au point de la production de la voiture puis travailler sur l’aspect réception des clients avec des zones spécifiques dans les nouveaux bâtiments pour montrer aux clients ce que l’on fait. On a la chance de pouvoir fabriquer la voiture dans l’usine historique d’Alpine. Il y a beaucoup de marques qui nous envient cela, je m’en suis rendu compte, on a une chance inouïe d’avoir cette usine qui est aujourd’hui adaptée. L’usine va vraiment être au cœur de notre système.

Une rumeur circule indiquant que l’aluminium serait préparé en partie en Italie avant d’être assemblé à Dieppe ?

Je vous invite à voir cela avec les techniciens pour tous ces détails, nous avons plusieurs fournisseurs, mais tout est assemblé à Dieppe.

On a découvert l’intérieur de la nouvelle A110. On retrouve de nombreux points communs avec le concept Vision. Avec la mise en production et le retour à la réalité, avez-vous pu réaliser vos objectifs en termes de poids ?

L’objectif n’était pas la course à la légèreté absolue. Nous ne voulions pas une voiture spartiate ou une voiture type pistarde uniquement. Nous voulions trouver le bon dosage entre un véhicule que l’on peut utiliser tous les jours avec une qualité à la hauteur, mais sans excès. Par exemple, il n’y a pas d’affichage tête haute, la casquette du cockpit est évidée dans un souci de poids, mais pas de technologue superflue. L’objectif était vraiment de trouver le compromis entre le confort, l’authenticité et la légèreté. C’est la voiture telle que nous l’avions imaginée pour incarner au mieux Alpine. Après, ce qui est intéressant avec cette version Première édition, c’est que si on veut la proposer avec plus d’options, nous le pouvons, et si l’on veut la dépouiller à l’extrême pour aller sur circuit, c’est également possible, et certains clients vont le faire !

 

interview d'Antony Villain au salon de Genève 2017

Vous avez travaillé sur la livrée de la nouvelle alpine A470 engagée en WEC, pouvez-vous nous en dire davantage ?

La décoration est assez proche de la livrée de l’année dernière, qui a eu un beau succès. On l’a adaptée à l’Oreca 07. C’est un travail un peu « en live », nous l’avons fait en deux parties, d’abord la peinture puis dans un second temps les finitions et la déco.

Comment va évoluer la promotion de la nouvelle A110, va-t-elle accompagner l’A470 sur le championnat du WEC ?

Le WEC est une vitrine à l’international et c’est important de renforcer l’esprit de compétition. On a une voiture qui a de belles performances, on a beaucoup d’idées sur l’exploitation sportive de cette voiture.

Hier nous avons entendu une petite anecdote sur la nouvelle A110 ?

En hommage à la berlinette, il y a deux empreintes sur les ailes arrière pour rappeler les entrées d’air des anciennes A110. Cela anime bien la tôle, nous trouvions ce détail beau et élégant, mais nous nous sommes rapidement posés la question de l’écoulement des eaux de pluie, en effet,  lors des travaux sur les maquettes, on utilisait une éponge pour vérifier justement le fait que l’eau ne stagne pas et ajuster le dessin au besoin.

interview d'Antony Villain au salon de Genève 2017

On voit que le capot est bien plus nervuré que la Vision Concept ?

C’est vrai, j’ai entendu plusieurs personnes relever que la voiture semble plus acérée. Entre la période de travail sur le concept Vision et la version présentée aujourd’hui, nous avons continué à faire évoluer la voiture par petites touches. On a asséché. On a enlevé tout le superflu, les lignes sont un peu plus acérées et on a aussi un effet de l’aluminium. J’ai été marqué en termes de tendu de peinture, en termes de tension des lignes ; le fait de la voir vraiment en aluminium avec de vrais panneaux emboutis donne beaucoup plus de tension donc oui, elle est beaucoup plus acérée qu’elle l’était l’année dernière.

Est-ce que l’aluminium a eu un impact sur des choix de design, par exemple les ailes arrière ?

Les contraintes d’emboutissage font partie du processus, on a travaillé chaque millimètre pour pouvoir emboutir sans déchirer le panneau d’aluminium. On peut noter aussi un détail sur le drapeau français juste avant la custode sur la barre noire. On voit cela sur beaucoup de voitures comme un effet de mode, mais pour nous clairement c’est ou on a caché les rivets qui assemblent le haut (le brancard) et l’aile arrière. Cette aile arrière qui est très profonde se compose de l’épaule + l’oreille. Si on aboutissait de façon classique l’aile arrière jusqu’au brancard, la tôle se serait déchirée. On a ajouté cette césure afin d’avoir une jonction entre l’aile arrière et le panneau afin de rendre cette aile arrière la plus généreuse et la plus démonstrative possible. Ce sont des contraintes, mais notre rôle au sein du design est de toujours de jouer avec ces contraintes, qui sont une source de créativité.

On voit que la signature lumineuse avant et arrière a été conservée depuis le concept Vision. Est-ce que cela a été une problématique d’un point de vue homologation ?

En effet, cela concerne la signature lumineuse avant. Quand on prend la réglementation au pied de la lettre, on ne pourrait pas faire ces quatre anneaux lumineux. Les deux anneaux de chaque côté sont trop distants. On a donc travaillé avec l’UTAC et les services d’homologation pour pouvoir homologuer le tout comme un seul phare, l’additionnel et le phare principal pour pouvoir avoir cette signature qui est vraiment exclusive, car personne d’autre n’a fait cette démarche. Cela fait partie des challenges. C’est un peu comme en compétition, il y a des règlements, c’est à nous d’être créatifs pour jouer avec les limites, et c’est important quand il s’agit de la face avant.

La signature en X des phares arrières commence à apparaître sur des véhicules de marques étrangères, l’avez-vous remarqué ?

Il y a des phénomènes de mode. On a remarqué qu’à chaque fois qu’on sort une nouvelle voiture, la première critique c’est « elle ressemble à », c’est un geste humain et naturel. J’ai déjà vécu la même chose sur d’autres projets tels que la Clio. Mais après quelques mois sur les routes il n’y aura plus de doute et les gens verront vite que c’est une A110. L’important est qu’elle soit homogène et cohérente. En ce moment tout le monde essaye de développer sa signature. On essaye de garder quelque chose d’unique. Puis il y a un détail clairement identifiable : il y a le X, mais il est très près du sol, l’arrière est tellement bas, cela donne vraiment une identité sportive unique.

La voiture est très compacte, avez-vous obtenu la compacité du véhicule que vous souhaitiez ?

La voiture est très proche de Vision, les volumes sont plus secs et plus nerveux. Dès le départ on connaissait le moteur et surtout on avait l’ambition de d’offrir un accès à des propriétaires très grands, car beaucoup ne peuvent plus aujourd’hui rouler en voiture de sport tellement les accès sont exigus. On a tout optimisé. C’est le plus court qu’on pouvait faire avec tout ce qu’on voulait : le coffre le cockpit, le moteur, etc. Plus compacte, cela aurait voulu dire qu’on devrait se tordre pour s’asseoir à son volant et limiter l’accès aux personnes de moins de 1 m90.

Comment s’est décidée cette sortie au cœur de paris ?

C’était quelque chose qu’on voulait faire depuis longtemps entre nous. « Ça serait cool qu’on puisse prendre les voitures et partir » . Le plus difficile c’était d’avoir des voitures pour rouler, car elles sont très prises pour les tests. Un soir on a eu une occasion, c’était le bon moment et on est sorti entre nous : moi a la photo avec des amis et Michael van der Sande plus David Twohig au volant des deux protos.

Avez-vous été reconnu dans la rue ?

Au bout de 30 m nous sommes faits arrêter par la police, qui voulait en fait savoir qu’elle était ces voitures. À chaque halte, c’était le même enthousiasme. La voir dans le trafic était vraiment une expérience exceptionnelle.

Plus personnellement, vous vous êtes beaucoup investi sur le projet (photo, communication) ?

Je suis un passionné de photo, j’ai parfois accès a des endroits qu’on ne connaît pas, et parfois il faut être pragmatique, on n’a pas tous les moyens pour s’acheter les services de très grands photographes. Mais on travaille avec des photographes qu’on adore tels que Amy Shore, Vincent Perraud… On s’entoure des personnes que l’on admire, et moi à mon humble niveau je prends plaisir à prendre des photos, car c’est à travers mes yeux, ça fait plaisir aux gens et je ne mets pas que des photos d’Alpine, j’ai la chance de pouvoir partager ma passion ce que je vois ce que je vis

Aujourd’hui vous êtes directeur du design Alpine qu’est-ce que vous retenez de ces cinq ans de travaux ?

C’est un aboutissement, et en même temps c’est le début. Je suis très fier de l’équipe, car on imagine pas tout ce qu’on a dû surmonter en termes de résolution technique, de politique interne, et de charge de travail pendant ces cinq ans. Cette équipe, il faut le savoir, ils ont le sang bleu. Je citerai Stephan Barral, je dis toujours que je préfère l’avoir avec moi que contre moi, il ne lâche rien, c’est un grand chef de projet passionné. Avec une équipe comme ça, on fait tomber toutes les barrières. J’en profite pour remercier toute l’équipe. Ce n’est pas que du marketing, on a fait la voiture qu’on rêvait de faire et ça se sent, cela va au delà du design, c’est une philosophie globale, tout le groupe Renault est très fier de voir renaître cette marque. C’est une aventure humaine, le vrai moteur ce sont les Hommes. On a la chance d’avoir cette synergie.

Dernière question, comment caractériseriez-vous l’esprit des futurs showrooms.

On a élaboré un cahier des charges de la même manière qu’on a préparé le site web. On est sur une approche pour des passionnés : de l’élégance, de la simplicité et de l’authenticité. Une ambiance cosy avec les mêmes ingrédients que l’on retrouve ici sur ce stand Alpine. Le showroom de Boulogne est particulièrement grand par rapport à ce que seront les autres à travers l’Europe.

Sur ce stand Alpine on retrouve beaucoup de bois des couleurs chaudes avec des éléments très naturels. Dans la voiture, on a cultivé un contraste chaud-froid entre l’aluminium et le cuir, mais dans les showrooms on va cultiver cette culture toujours autour de l’aluminium en contraste avec du bois pour apporter de la chaleur ; Alpine n’est pas une marque froide. On voulait retrouver aussi l’univers de la montagne avec une touche de modernité pour créer un lieu de rencontre et d’échange.

Merci Beaucoup Antony Villain

 

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