C’est sous la verrière du Grand Palais, aux côtés des berlinettes de Signatech classic pendant le Tour Auto que j’ai appris, de Bernard Ollivier directement, qu’un livre allait voir le jour vers la fin 2018 ou le début 2019. C’est un livre écrit par Bernard, l’une des plus importantes personnes du projet, un livre avec une vision de l’intérieur, une livre écrit avec les tripes, ses tripes. Un livre comme nulle part on ne pourra en trouver.

« Une vision unique de la renaissance d’Alpine », m’a-t-il dit trinquant avec moi avec sa coupe de champagne.

2019, vous saurez tout !

C’est sous une grisaille hivernale parisienne que j’ai retrouvé Bernard non pas au Grand Palais mais à la brasserie le Grand Palais le 14 janvier pour faire un point sur son bébé. Après 9 mois de travail intense le livre est arrivé presque au terme.

Notre rencontre est pour parler de son livre AUTObiographique. 


Festival Automobile International – Photo de François Mortier.

Bien installés à notre table, une bouteille d’eau pour nous rafraîchir, Bernard a commencé à me conter et raconter son histoire. Le sujet de son parcours est tellement intéressant que la serveuse s’y reprendra à 3 fois pour prendre notre commande.

Bernard Ollivier a eu un parcours très riche. Issue d’une formation d’ingénieur, c’est en 1977, que le jeune Bernard entre au sein du groupe Renault. Personne ne pourra dire le contraire : il a eu un parcours très diversifié au sein du groupe. Il débute avec de la comptabilité, de la finance, de la planification et de la gestion. Il poursuivra en 1992 au poste de Directeur du Contrôle de Gestion et du Plan à la Direction Commerciale de Renault, puis Directeur Commercial Après-vente de Renault, et enfin Directeur Général de Sodicam. Louis Schweitzer lui donnera la direction du groupe CAT en 2000 puis le nomme Directeur Général de Renault Sport Technologies en 2001. Le 2 avril 2007, il deviendra Directeur des Établissements d’ingénierie en France. « Enfin », il devient officiellement en novembre 2012 le Président-directeur Général d’Alpine. En mars 2016, Alpine devient une Business unit, Bernard prendra le titre de Président général Adjoint tout en restant PDG de la Société des automobile Alpine.

Un parcours riche, tant par les opportunités professionnelles que par les gens qui les ont composées. Bernard a fait la rencontre, pendant ces années, de personnes comme Louis Schweitzer, Tony Fernandes, Carlos Ghosn ou encore Carlos Tavares. C’est d’ailleurs ce dernier qui va impliquer Bernard. « Je pense à toi pour Alpine » lui a-t-il dit.

Depuis mi 2011, officieusement, Bernard sait qu’il va diriger la renaissance d’une des marques emblématiques du sport automobile français.

L’histoire passionnante de Bernard est ponctuellement interrompue par la serveuse nous apportant nos plats. Allez, Bon appétit Bernard ! 

Le Challenge

Bernard a décidé, pour la rédaction de son livre, de faire ressentir au lecteur les situations, de lui faire vivre les prises de décisions, les tensions, les joies. Il a, grâce aux conseils de Carlos Tavares, conservé des témoignages, des vidéos, des photos que personne ne peut avoir. Des éléments clé pour l’histoire. Eh oui, c’est le privilège d’être le patron !

« J’ai essayé 3 fois de faire une Alpine quand j’étais chez Renault Sport Technologie ». En vain. Sa vision d’une Alpine était trop « Renaultisée ».

Il découvrit plus tard les vraies valeurs de la marque. Il fallait que ce soit une voiture artisanale, légère, à taille humaine, performante, pleine de plaisir, à la pointe de ce qui se fait de mieux aujourd’hui, quotidienne et séductrice. 

« Un projet dure longtemps entre le début des études exploratoires et la sortie de la première voiture dans la rue, quatre ans approximativement, et six ans et demi pour Alpine compte-tenu des événements spécifiques qui l’auront fortement impactée ; puis de la sortie à l’arrêt de la production (de l’ordre de sept ans) ; sans compter le temps où les pièces de rechange continueront à être vendues après l’arrêt de production. » (extrait du livre).

Une fois la joint-venture finalisée entre Alpine, Caterham, le comité du directoire et les équipes Manufacturing de Dieppe, toutes les équipes se sont réunies à Dieppe pour plancher sur cette renaissance. 

Les projets AS1 et C120 ont permis d’établir des similitudes pour 86% des pièces des deux voitures. Le but était de maximiser les pièces communes pour réaliser chacune des voitures.

Extrait du livre

Le choix du moteur. 

Les discordances, sur le projet, vont commencer à arriver rapidement entraînant les retards de productions connus. Bernard Olliver et Jean-Pascal Dauce étaient persuadés que le moteur de la Mégane RS F4Rt (275 ch pour 2 l de cylindrée) était le meilleur compromis pour la voiture. Puissance raisonnable, équipé d’un différentiel à glissement, moteur déjà connu et reconnu. Le Point négatif était, tout de même, le poids (bloc en fonte pour une voiture en alu !). 

La position globale de Caterham est toute autre. Peut-être trop proche du « Light is right » ou regardant de près la cohérence avec les nouvelles réglementations de la F1 en 2014 (moteur Alu de 1,6 l de cylindrés), Caterham ne trouve pas ce choix judicieux. 

Il faut trancher ! Une conférence téléphonique est organisée le 22 avril 2013 avec Gaspard Gascon, Carlos Tavares , Bernard Ollivier et Tony Fernandes. « Mémorable », m’a dit Bernard en finissant son assiette.

« Nous avons attendu dans le bureau de Carlos Tavares plus d’une heure Tony Fernandes à l’autre bout de la ligne en Asie (et sans aucune information sur son retard !) pour à la fois obtenir un accord de Tony sur le fait qu’il nous fallait maintenant viser 250 ch, mais aussi un veto sur les solutions proposées (bloc en fonte et 275 ch, NDLR). »

Finalement, on coupe la poire en deux, le moteur sera un 1,8 l de 252 ch !

Madame, nous allons reprendre une bouteille d’eau s’il vous plaît ! On commence à avoir soif à force de parler. 

Bernard m’explique les tensions qu’il pouvait y avoir sur ce projet. Après chaque réunion difficile, il retournait voir ses équipes et leur sortait « Still alive ! ». Il savait très bien que le projet pouvait avorter à tout moment.

Deux événements vont laisser planer des doutes et une pression sur la renaissance d’Alpine.
Coup dur avec le départ de Carlos Tavares, qui pouvait fragiliser Alpine. Mais bien au contraire Bernard Ollivier trouvait que Carlos Tavares, fort soutien du projet, freinait malgré tout, l’orientation d’Alpine sur le segment du luxe sportif et non pas que du sportif.
Un an plus tard, les relations avec Caterham se ternissent, Alpine décide de tracer sa route sans eux. Cette séparation amènera une refonte de l’habitacle, ce qui engendrera le plus gros retard de l’A110.

Pour Bernard, le véritable GO / NO GO a eu lieu en 2015. 

Les mulets

Tout en faisant défiler les pages de la maquette son livre sur son ordinateur, Bernard m’explique qu’il a voulu partager avec le lecteur des anecdotes. Il a intitulé ces anecdotes « Je me souviens … ”.

Je prends l’exemple des mulets :

Je me souviens …« Sous cette coque de Lotus, coupée en trois, adaptée avec nos unités AV et AR, c’est bien notre AS1 qui vit, enfin. Autre challenge dans le challenge, six de ces mulets ont été montés à l’atelier compétition de Dieppe. Je reste persuadé que des supports représentatifs sont nécessaires tôt pour ces projets de véhicules sportifs. Cela pour en faire la bonne démonstration et mise au point. Je pense que tout le monde est convaincu aujourd’hui qu’en ayant fourni ces supports nous avons su donner assez de temps pour que la dynamique subjective d’AS1 soit indéniable. », Romain Laude, en charge des prototypes et mulets.

Extrait du livre

Extrait du livre

A peine sortis, ils ont été repérés”. Dans les Alpes ou au Nürburgring, ces mulets ont rapidement été spottés. Mais les spotters se sont sûrement dits “Bizarre comme lotus”. Au total, six mulets seront réalisés. L’Automobile Magazine titrera avec les photos : « Fausse Lotus, vraie Alpine » ! C’est bien l’AS1 qui était dessous.

On va vous prendre deux cafés gourmands, s’il vous plaît.

L’engagement au WEC

Rien n’est plus parlant qu’un extrait du livre lui-même. Voici un préambule sur l’histoire d’Alpine et son partenaire Signatech.

Comme m’a dit Bernard au moment du deuxième café “Je ne vais pas tout te dire, tu ne voudras pas acheter mon livre après”, avec un grand sourire. Je vais donc faire comme lui, je ne vais pas tout vous dire. Pour avoir aperçu la maquette, je vous assure qu’elle regorge de détails plus qu’intéressants sur la renaissance.

Après trois heures passées avec Bernard à me raconter tout un tas d’histoires plus passionnantes les unes que les autres sur sa vie et celle d’Alpine, je dois retourner à mon travail.

Merci Bernard et on se voit à Rétromobile !! ”.

C’est une histoire vécue de l’intérieur et on s’y croirait presque (le stress en moins !).

Que vous soyez des fans de la marque ou que vous soyez curieux, je vous encourage à faire comme moi, en pré-commander un !

Vous pouvez faire une pré-commande en envoyant un mail à l’adresse suivante : livrealpine.ollivier@gmail.com

Texte par Pierre Emmanuel ALAIN. Photo par Pierre Emmanuel ALAIN, François Mortier