L’Alpine A110, simplement nommée « berlinette » par les passionnés, a fait sa réputation en Rallye et sur Circuit. Elle porte a elle seule le succès de la sportive à la Française au milieu des années 60. Ses multiples succès et son palmarès sans pareil dans le milieu de la compétition automobile a généré une nouvelle génération de pilotes phares et déclenche auprès du public un engouement sans précédent.

Jean Rédélé est l’homme à l’origine de ce coups de génie. Normand d’origine,  né en 1922 vit à Dieppe où son père Emile est gérant d’une société de taxis et de bus. Monsieur Rédélé, brillant élève,  est diplômé dès ses 24 ans de l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales. Grâce à ça, il deviendra en quelques mois le plus jeune concessionnaire Renault sur le territoire Français. Son statut de concessionnaire ne lui suffira pas, il ambitionne de devenir un fabriquant de voitures sportives à part entière.

Son premier projet fut de préparer une 4CV afin de la rendre plus performante en l’équipant d’une carrosserie légère et aérodynamique à l’aide d’un nouveau matériau pour l’époque nommé « Polyester » . Cette 4CV préparée appelée « Coach » sera l’élément déclencheur lors de la course « Mille Miglia » et à la « Coupe des Alpes » . Les Mille Miglia (ou Mille Miles) était l’une des courses automobiles les plus célèbres au monde. Disputée en Italie et sur route ouverte, elle attira les plus grands pilotes et les marques les plus prestigieuses.

Après un fastidieux rallye du Monte-Carlo et une première victoire ratée, il s’engage à disputer une compétition dans les Alpes. En 1954, il remporte, en autres, une coupe au Critérium des Alpes et le Liège-Rome-Liège. C’est ainsi qu’il parcourt, sur les pistes sinueuses et entrelacées des Alpes, ses meilleures courses.

J’ai choisi le nom Alpine pour ma firme, car cet adjectif représente pour moi le plaisir de conduire sur les routes de montagne. C’est en sillonnant les Alpes avec ma 4CV à boite 5 que je me suis le plus amusé. Cette conduite passionnante, il fallait que mes clients la retrouvent au volant de la voiture que je voulais construire. Alpine est un nom qui sonne bien, c’est également un symbole.

Jean Rédélé, pilote et fondateur de Alpine

1955, marquera la naissance de la Société des Automobiles Alpine et dans un même temps la commercialisation de l’Alpine A106.

5 ans plus tard, Jean Rédélé allait présenter un véritable modèle à succès, l’Alpine A110. Philippe Charles dessina l’A108 puis l’A110. L’A108 était une évolution du cabriolet A108 de 1957 avec un design signé Giovanni Michelotti. La première Berlinette nommée « A108 » était équipée du moteur de la Renault Dauphine Gordini (type R1091) d’une puissance de 40ch SAE en porte-à-faux arrière. Au Tour de France automobile de 1960, Jean Rédélé aligne deux berlinettes A108 (le modèle de série prendra d’ailleurs le nom de berlinette « Tour de France » jusqu’en 1969).

Au Salon de Paris 1962, la Berlinette évolue et se voit nommée A110 avec un nouveau bloc venant de la Renault 8. Etant un ancien concessionnaire Renault, Jean Rédélé a des relations particulièrement proches avec le constructeur au losange. Ainsi, il réussi à nouer un partenariat avec Renault afin de produire ses sportives à l’international. La marque Alpine sera produite en Espagne (Fasa-Renault), en Bulgarie (Bulgaralpine), au Mexique (Dinalpin) et enfin au Brésil (Willys Overland).

En 1965, Alpine s’associe à Renault et dès 1966, les voitures sont distribuées par le réseau de la régie. Cependant les exigences accrues des clients et les contraintes sécuritaires pèsent de plus en plus sur l’entreprise qui reste artisanale.

Côté carrosserie, la coque en fibre de verre était collée au châssis-poutre. Dans une politique d’économie, de nombreux éléments et accessoires venaient directement de la banque de pièces de Renault (feux arrières et pare-chocs pour les plus connus).

Grâce à cette technologie, les premières Alpine A110 pesaient 565 kg tandis que les dernière versions nommeés « 1600 SX » de 1976 atteignaient 790 kg, un poids impossible à atteindre avec une coque en acier classique.

L’A110 était fabriquée de manière presque artisanale (par des groupes spécialisés), là ou les grands constructeurs fabriquaient leur automobiles à la chaîne. Un avantage non négligeable qui permettait une grande flexibilité lors de la fabrication. Ainsi, il fut aisé d’apporter des modifications d’ordre esthétique tel que l’ajout de phares additionnels, de prises d’air et enfin d’adapter la largeur des ailes en fonction de la dimension des pneumatiques. Serge Zuliani, pour ne pas le citer, a été le styliste qui a fait modifier la croupe de la Berlinette pour le nouveau moteur 4-cylindres à cinq paliers. Son style sera ainsi affiné et deviendra sa ligne qui créera la légende.

Toujours proche de Renault, l’Alpine A110 profitera des évolutions moteurs de la R8 Major. Le bloc de la R8 Gordini (95 ch SAE) équipera également la sportive Dieppoise. Ainsi motorisée, l’Alpine prpose des performances de premier ordre. Son palmarès au fil des ans est extraordinaire, toutes catégories que se soit en 1000cc, en 1100cc et principalement en 1300 et 1600cc.

Couronnée à plusieurs reprises lors de Rallyes en France et en dehors de l’hexagone elle sera équipée à partir de 1969 du bloc en aluminium de la Renault 16 TS. D’une cylindrée 1 565 cm³ (type Cléon-Alu), gavé par 2 carburateurs double corps Weber 45, le moteur délivre d’origine 83 ch et ira jusqu’à 125 ch DIN. Armée jusqu’aux dents, l’Alpine A110 1600 S peut ainsi atteindre près de 205 km/h.

La voiture a construit peu à peu une renommée internationale. En 1971, elle devient Championne d’Europe des constructeurs en rallye. En 1973, Alpine la consécration est annoncée avec son premier constructeur titre de champion du monde des rallyes avec 155 points devant Fiat (89 points) et Ford (76 points). Une victoire écrasante du petit constructeur Dieppois face aux constructeurs de renommée mondiale.

Parmi toutes ses victoires, nous retiendrons la victoire à Monte Carlo avec le pilote suédois Ove Andersson. Comme nous vous le disions, Alpine a révélé bon nombre de pilotes emblématiques tels que Therier, Andruet, et bien d’autres elle devient la voiture à battre en rallyes internationaux et gagne face aux Porsche 911, Lancia Fulvia HF, etc. Se forgeant un historique unique dans le sport automobile Français, les A110 de course, d’usine ou privées auront le meilleur préparateur du moment, le célèbre Marc Mignotet dont les moteurs étaient les plus performants. Ceux-ci sont maintenant très recherchés. En 1296cc (125ch) ,1596cc (155ch), et 1790 (175ch) puis 1860cc (190ch), la cote de ces autos de compétition groupe 4 est plus élevée que celle des autos de série.

En 1973, Renault rachète quelques parts d’Alpine à Jean Rédélé. Le championnat international est remplacé par un nouveau championnat du monde des rallyes destinés aux constructeurs.

 

Renault lance l’armada d’A110 1800 Groupe IV et avec une équipe composée des meilleurs pilotes tels Jean-Claude Andruet, Bernard Darniche, Jean-Pierre Nicolas et Jean-Luc Thérier. La Berlinette gagnera la plupart des courses faisant d’Alpine le premier champion du monde des rallyes qui est appelé WRC de nos jours.

En 1974, la concurrence se réveille, Lancia lance sa nouvelle arme destinée aux rallyes, la Lancia Stratos. La belle Italienne va marquer la fin de la suprématie Alpine après des années de domination. Dans la hâte, Alpine apporte de nombreuses modifications à sa championne telles que l’utilisation d’injecteur, une culasse à quatre soupapes par cylindre, différents modification du châssis et l’utilisation de la suspension arrière à double triangulation de l’A310 SC. Mais rien n’y fait, ni la performance, ni le comportement ne s’améliorera. Alpine doit accepter que la belle A110 est au bout de son développement.

Au total, après le Tour de Corse 1968 gagné par Jean-Claude Andruet (en version 1440), l’A110 remporte 12 victoires à l’International en 4 saisons de 1970 à 1973, 6 en IMC (International Championship for Manufacturers) et 6 en WRC. 31 podiums en 7 saisons de 1970 à 1976 et enfin 11 victoires en IMC et 20 en WRC.

Jean-Pierre Nicolas sera le dernier pilote victorieux à bord de la Berlinette en WRC lors du Tour de Corse en 1973 et Tasos Livierados comptabilise le dernier podium au Rally de l’Acropole en 1976 avec sa version 1800cc.

1976, la fin de carrière est proche.Un dernier modèle sera commercialisé, il s’agit de la 1600 SX de 1976, soit un an avant l’arrêt de la production. Elle adopte un tableau de bord modifié et les roues de la nouvelle A310 V6. En 1978, Jean Rédélé cède ses dernières parts à Renault et redevient concessionnaire, jusqu’à sa retraite. 7 176 exemplaires auront été construits de 1962 à 1977.

Lorsque j’ai créé en 1955 la société Alpine, je ne pensais pas qu’un demi siècle plus tard, les Alpine seraient appréciées dans le monde entier et qu’elles généreraient un tel enthousiasme. Je ne peux que me réjouir de cet état de fait et je tiens à remercier tous les clients, qui, en acquérant nos voitures, ont contribué au développement d’Alpine. »

(extrait de l’ouvrage ALPINE des hommes, des voitures de Jean-Jacques Mancel)

L’Alpine A110 a construit sa réputation en compétition. De la course à la route tel est son destin. Elle a su donner ses lettres de noblesse au sport automobile français. Quelque soit la puissance, l’Alpine a toujours misé sur le plaisir de conduite. Une voiture qui fait corps avec le pilote, exigeante et qui a donné un sens au mot « agilité » . Ses lignes parfaites faites d’évolutions successives qui n’ont cessé de s’améliorer jusqu’à la fin de sa carrière.

Vive les voitures de sport,Vive l’Alpine A110 !

Jean Rédélé affichait sa fierté d’être Français. En témoigne cette anecdote rapportée par Hubert d’Artemare : Lors d’une de ses visites au salon de Paris, de Gaulle lui demanda « à quoi servaient » les Alpine :

« A faire hisser les couleurs de la France, mon général »…

L’A110, ci-dessous la liste de ses différentes motorisations:

NomAnnéeModèleMoteurCylindréePuissance
A110 95663-65R8956 cm355 ch SAE
A110 1100 « 70 »64-691100 VAR8 Major1 108 cm366 ch SAE
A110 1100 « 100 »65-681100 VBR8 Gordini1 108 cm395 ch SAE
A110 1300 « Super » / S66-711300 VBR8 Gordini1 296 cm3120 ch SAE
A110 1300 / 1300 G67-711300 VAR8 Gordini 13001 255 cm3103 ch SAE
A110 150067-68Lotus Europa R161 470 cm382 ch SAE
A110 160069-701600 VA16 TS1 565 cm392 ch puis 102 ch SAE
A110 V85 / 130070-761300 VC12 TS1 289 cm381 ch SAE (68 ch DIN)
A110 1600 S70-711600 VB16 TS1 565 cm3138 ch SAE (125 ch DIN)
A110 1600 S / SC72-751600 VD16 TS11 605 cm3140 ch SAE (127 ch DIN)
A110 1600 SI73-751600 VD17 TS injection1 605 cm3140 ch SAE (127 ch DIN)
A110 1600 SX76-771600 VH16 TX1 647 cm393 ch DIN
BONUS vidéo:

Quand la Berlinette retourne dans les Alpes (par Alpinelab):

L’Alpine A110 au Rally de Monte-Carlo en 1971

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